
Quand on relit les Évangiles de Matthieu et de Luc, on découvre que la paternité de Joseph n’a rien d’un long fleuve tranquille. C’est un homme dérouté, confronté à une grossesse qu’il ne comprend pas, à la peur du regard des autres, et à des choix qui le dépassent. Il connaît aussi l’angoisse. L’angoisse de ne pas pouvoir offrir un lieu digne pour la naissance de son enfant, l’angoisse de fuir en pleine nuit pour sauver sa famille. Rien de simple, rien d’évident. Juste un homme qui avance malgré tout. Les Écritures ne rapportent aucune de ses paroles, mais ses actes parlent pour lui. Il protège, il écoute, il agit. Il transmet son métier, il offre un foyer, il accepte de s’effacer pour que son fils devienne lui-même. On ne nous dit pas s’il a douté après ses songes. Mais on sait qu’il est resté. Fidèlement.
C’est en grandissant et en me préparant au mariage que j’ai compris pourquoi Joseph pouvait devenir pour moi un repère. Une figure qui m’aide à comprendre ce que signifie être père aujourd’hui. Ma paternité a commencé le jour où j’ai rencontré Sylvie. Sans elle, et sans les enfants que Dieu nous a confiés je ne serais pas un père. Leur naissance reste une joie immense, un bouleversement important dans ma vie.
Mais la paternité, ce n’est pas seulement ces moments lumineux. C’est aussi le quotidien, le manque de temps, les activités qui s’enchaînent, les journées où l’on court partout. Et là, je ne suis pas toujours le père que j’aimerais être. Il m’arrive de réagir trop vite, trop à chaud. De manquer de recul. Et ce n’est qu’après coup que je me dis : « J’aurais aimé avoir la patience de Saint Joseph ». Je reste faillible et même si j’essaye de faire de mon mieux, je trébuche. C’est dans ces moments qu’une prière à Saint Joseph peut être une aide. Il me rappelle que la paternité n’est pas une performance mais une présence. Une main posée sur l’épaule de mes enfants. Une main ferme pour les retenir et qu’ils ne s’égarent, une main douce pour les rassurer, une main confiante pour les pousser vers l’avenir. J’essaye d’être un père exigeant, non pas uniquement pour contraindre, même si cela arrive parfois, mais pour les aider à faire surgir le meilleur qui est en eux.
Aujourd’hui, nos enfants sont de jeunes adultes. Je mesure alors que la paternité ne disparaît pas : elle se transforme. Elle demande d’apprendre à parler moins, à faire confiance davantage, à écouter, à accepter de ne plus tout maîtriser. Si un jour ils doivent se souvenir de moi, j’aimerais que ce soit ainsi : un père juste et aimant, qui tente tant bien que mal avec ses limites, de marcher un peu dans les pas de Saint Joseph.
Pascal FAYEULLE